47 shaares
Dans la conclusion de son livre Le consumérisme à travers ses objets, Jeanne Guien parle du boycott avec quelques idées utiles dans le monde d'aujourd'hui :
- attention à la récupération marchande du boycott : dans la société de consommation dans laquelle nous vivons, refuser d'acheter tel produit revient souvent à simplement privilégier tel autre, ou mettre en place un label ("éthique", "naturel", ce que vous voulez), donc toujours consommer.
- cette récupération marchande va de pair avec la vision de la société comme juxtaposition de consommateurs et producteurs libres et indépendants, sans structure sociale, c'est-à-dire avec l'idéologie libérale-individualiste.
- le refus individuel de consommer tel ou tel produit est tout de même une position éthique. Ça n'est pas une solution politique (et ça n'a pas forcément à l'être), ça n'est pas un objet de gloire personnelle, c'est juste un refus de s'engager dans des pratiques qu'on refuse moralement et c'est déjà utile, contrairement à ce que disent parfois les critiques des mouvements de boycott : "de toutes façons, ça ne change rien". Elle fait l'analogie avec le refus de violer autrui : ça ne suffira clairement pas à mettre fin à la culture du viol, mais pour autant il serait absurde d'estimer que, du coup, refuser de violer ne sert à rien.
- il est donc nécessaire de passer à la dimension collective du boycott: il faut le faire politiquement, s'organiser avec nos proches ou nos communautés (syndicats, associations, ...) pour faire disparaître les pratiques destructrices. C'est d'ailleurs historiquement comme ça que se passent les boycotts qui fonctionnent.